L’HABIT NE FAIT PAS LE MOINE6
Il me faut revenir plus de 50 ans en arrière pour m’apercevoir de la représentation vestimentaire que j’ai affichée comme vendeur de machines agricoles.
Les tenues que nous exhibions pour démarcher les paysans n’avaient rien à envier aux représentants offrant leurs services dans le monde des professionnels exerçant des métiers où la tenue se devait d’être « bon chic, bon genre ».
C’était le temps où les professionnels qui voulaient se démarquer du commun des mortels s’affichaient avec des atouts réservés aux notables : notaires, médecins, enseignants, etc.
Les commerçants, pour en « imposer » à leur clientèle, se devaient d’être endimanchés.
Pour ne point déroger à la coutume, je me suis conformé à ce rite, ce qui n’était point pour me déplaire. J’ai même fait fort. Je me vois déambulant sur les marchés hebdomadaires dans les chefs-lieux de canton : les lundis, Richelieu ; les mercredis, Loches ; les vendredis, Sainte-Maure-de-Touraine, pour les plus importants.


Nous errions dans les allées de ces marchés qui avaient un emplacement réservé à la vente, par les éleveurs, de volailles vivantes, présentées d’une façon que l’on pourrait dire barbare.
Les poules, les canards, les oies, les dindes ainsi que les pintades avaient les pattes liées entre elles, si bien que le sol était jonché d’oiseaux disparates.
Les lapins étaient encagés dans des caisses spéciales, réservées à ce genre de transport.

Pour me gausser, je vais y aller de ma gloriole en étalant ma fabrication d’objets utiles à des amis éleveurs de poules.



N’ayant pas de photos pour illustrer mon affûtage, je vais décrire ma tenue de travail.
Ces vêtements de travail me changeaient des bleus de travail avec le numéro imprimé sur la veste, le pantalon et la chemise : PUJ 2327.








Aujourd’hui, en 2026, je ne peux que sourire de cette mise qui se devait d’être représentative d’un monde qui se voulait, sinon respectueux des potentiels acheteurs, du moins respectable.
Il ne faut pas croire à la déférence des agriculteurs : notre tenue ne leur en imposait aucunement.
Lors d’une visite chez un de mes clients, une épopée mémorable dans l’étable : une vache charolaise était en train de vêler.
Comme il n’était pas rare pour les animaux de cette race, le vêlage posait des difficultés du fait de la grosseur du veau à naître. Dans ces cas-là, un outil appelé vêleuse venait seconder le paysan. Pour utiliser cette machine infernale, quatre mains facilitaient le travail ; c’est pourquoi ma venue fut une aubaine pour le propriétaire de la vache. Il m’a réquisitionné comme aide-praticien.


À d’autres occasions, je me transformais en dépanneur de machines à traire dans les étables pour de petites interventions, ce qui me permettait de plastronner devant les utilisatrices.

La spécialité de la marque Melotte, celle que je représentais.
Ces joueurs prenaient un malin plaisir à m’inviter à les accompagner sur le poste de travail des moissonneuses-batteuses.

Comme vous pouvez le voir, je me retrouvais dans la poussière, et pas qu’un peu.
Tout cela pour le bonheur de mon vis-à-vis.
Ces situations ne sont pas exhaustives. Beaucoup d’autres ont fait de ce passage dans la machine agricole des moments parmi les plus mémorables pour mon humble personne qui se la pétait un peu, comme beaucoup de mes collègues rencontrés dans les espaces destinés aux manifestations qui se devaient d’intéresser les travailleurs de la terre.
L’indulgence que m’ont accordée ces personnes, malgré mon accoutrement et mon manque de savoir, était telle qu’elles me faisaient confiance.
J’ai pu le constater dans ma nouvelle profession.