
Comme annoncé, je vous avais prévenu qu’en cas de motif pouvant m’amuser, je prendrais un malin plaisir à revenir partager une anecdote vécue. Pour celle-ci, il est vraisemblable que, sans l’adieu des deux protagonistes, je ne serais pas prêt aujourd’hui à m’amuser en voulant vous tenir compagnie.
Comme je vous l’avais déjà seriné dans « UNE SECRÉTAIRE », parue le 4 janvier 2025, je vous avais avisé qu’il viendrait certainement un moment où je conterais toutes les manigances auxquelles j’ai été confronté, moi, le primaire que je suis, afin d’obtenir les cartes professionnelles nécessaires pour pouvoir exercer la profession d’agent immobilier.
Cette histoire, j’y reviendrai sûrement, mais aujourd’hui, le sujet est tout autre.
Pour obtenir ce fameux sésame, il me fallait attendre dix années de pratique comme stagiaire. Un bureau de la préfecture était chargé de contrôler le bon déroulement de cette période. Pour ce faire, le syndicat, la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM), se portait comme caisse de garantie obligatoire.
Cet établissement se chargeait également du bon déroulement et de la réputation de ceux qui se devaient d’être les représentants de la négociation des biens immobiliers du département.
Pour moi, le déroulement de mon apprentissage se passait très bien, dans le meilleur des mondes. Vous pouvez me faire confiance : les bureaux de la FNAIM se situaient dans un immeuble à même pas cinquante mètres de mon bureau. Il ne m’avait donc pas fallu longtemps pour créer un climat de sympathie avec la secrétaire de l’organisme, Madame Lamy.
Pour entrer dans l’immeuble hébergeant les bureaux de la compagnie, il fallait utiliser un interphone qui servait de sas. Pour ouvrir la porte, il fallait avoir l’aval d’un occupant des lieux. Une fois la porte ouverte, nous pouvions accéder aux parties communes desservant les différents locaux du bâtiment.
Dans cette cage d’escalier, sur le même palier que la FNAIM, j’avais appris qu’une agence matrimoniale y avait pris ses quartiers.
Pas n’importe quelle enseigne !
La commerçante propriétaire s’était remariée avec un personnage que je connaissais particulièrement bien en tant qu’ancien Chemillois. Mais, en plus de cet état, il avait été, pendant un moment, mon cousin. Je gérais d’ailleurs ses biens immobiliers.
Deux fois, il est venu dans mes histoires.
Une première fois comme mise en valeur de mon grand-père dans un livre qu’il avait écrit sur Chemillé. Cet ouvrage m’avait interpellé, c’est pourquoi j’avais invoqué son nom dans une de mes histoires sous le titre « QUEL GRAND-PÈRE », éditée le 6 juillet 2024.
Une seconde fois dans une autre histoire, « LE BREVET I », éditée le 13 mars 2026, où il est question de l’artisan qui m’avait conseillé de faire breveter mon invention et de la présenter au concours Lépine.
Mais revenons à ce nouveau récit.
Un jour, lors d’une visite rendue à Mme Lamy, j’ai sonné à la porte du bureau de la nouvelle épouse de mon ancien cousin. Je me suis présenté à la personne qui m’a ouvert comme étant l’ancien cousin de son mari.
Une entrevue tout ce qu’il y avait de plus anodine.
Ce qui fut beaucoup moins anodin arriva le lendemain matin.
Dominique, « ma » secrétaire, me tend une lettre recommandée. Chose banale dans une agence gérant les loyers des locataires. D’habitude, elle m’informait d’une nouvelle location ou d’un quelconque courrier concernant notre activité.
Ce jour-là, elle me tend le pli en me demandant d’en prendre connaissance.
Que nenni !
Sur la bafouille, en guise de préavis, une plainte m’accusait d’être entré dans l’immeuble dans lequel se trouvaient les bureaux que j’avais visités la veille.
Ce courrier, qui était censé avoir été écrit de la main de mon ancien cousin, m’a fait sourire.
J’ai tout de suite compris que mon ex-cousin n’était pas l’auteur du billet que je venais de lire. C’est pourquoi j’ai négligé ce torchon, remettant à plus tard les dispositions qui seraient à prendre.
Ma négligence ne dura pas longtemps.
Madame Lamy téléphona à Dominique en l’avisant qu’elle voulait me voir de toute urgence. En guise de réponse, je me suis déplacé immédiatement, voulant savoir pourquoi un tel empressement.
En arrivant dans son bureau, elle me tend la copie conforme du recommandé reçu à l’agence.
Elle a un petit peu exagéré en prenant un air désolé, me faisant comprendre que cette affaire n’était pas très bonne pour ma demande de papiers qui devait décider de mon enregistrement en tant qu’agent immobilier en titre.
Elle était obligée d’en faire part aux instances administratives responsables de la délivrance des cartes qui devaient me donner mon indépendance.
J’ai rassuré cette dame en lui affirmant que ce papier était bidon et que je me faisais fort de lui démontrer le bidonnage.
Encore une fois, le hasard m’a servi.
L’auteur présumé de ces ragots avait pour habitude de téléphoner avec un portable en déambulant sur les trottoirs du quartier. Il faut dire que nous étions au tout début de cette nouvelle technologie et qu’il était plutôt bon de faire savoir que l’on possédait cet outil d’avant-garde.
La suite me donna raison.
En sortant des locaux, la chance a voulu que je croise l’acteur de mon désagrément.
En lui posant la main sur l’épaule, je l’ai invité à me suivre dans mon bureau, sans autre explication.
Je lui ai tendu la missive en lui intimant l’ordre de lire ce qui était censé avoir été écrit de sa main.
Comme j’en étais certain, il s’est récrié en m’affirmant qu’il n’avait rien à voir avec ce papier.
Cette réponse me donnait raison.
La personne, auteur de ces lignes assassines, ne pouvait être qu’une personne au courant de ma visite rendue la veille.
— Tu sais, tu n’as pas à te justifier. Dis-moi simplement comment tu écris DUHARD.
Il me répond sans hésiter, avec la bonne orthographe.
Ne pouvant faire autrement pour justifier cet interrogatoire, je lui demande de bien relire ces lignes afin qu’il constate l’erreur qu’il lui aurait été impossible de commettre en tant qu’auteur.
Car, modestie mise à part, il n’y a pas un Chemillois qui ne sache écrire DUHARD correctement, et non DUHART, comme cela figurait sur le document qui était à l’origine de mon babillage.
Sa conclusion fut immédiate :
— Dis-moi, tu ne vas quand même pas être la cause de mon deuxième divorce ?
Tout s’est finalement bien terminé.
Nous nous sommes rendus dans le bureau de la FNAIM afin qu’il annule la démarche intentée à mon encontre.
Comme quoi, parfois, une simple lettre peut vous créer bien des soucis.
Et parfois, une simple lettre peut aussi se trahir elle-même… à une lettre près !
J’avoue humblement n’avoir rien compris de cette disculpation orthographique, qui en fait devient cause d’une inculpation pouvant mener à un divorce du quidam au téléphone et ipso facto à une disqualification des rangs de la FNAIM ! En fait c’est lui, c’est pas lui, ou la alors nouvelle épouse de l’ancien cousin ??? Quelle âme charitable et perspicace, tel Super Maigret peut m’aider à sortir de cet insoutenable suspens !! FR