1 août 2026

ESCROQUERIES : la suite

La semaine dernière, j’ai planté le décor. Cette semaine, je vais vous faire partager mon état d’âme et surtout vous expliquer le pourquoi de cette rancœur.

Lorsque je vous ai quittés la semaine dernière, ma situation n’était pas encore affectée. Tout se passait bien, ce qui était somme toute normal : la machine répondait aux besoins du client.

Ce dont je ne me doutais pas, c’est du sort qu’il me réservait.

Il est donc revenu vers moi pour me demander si ma société ne pouvait pas lui prêter une autre moissonneuse, dans le but de satisfaire une demande de futurs clients. La requête ne m’ayant rien paru d’insolite, bien m’en a pris : j’ai organisé une entrevue à trois : mon patron, le client et moi.

Mon responsable, souhaitant satisfaire la requête de ce futur malfaisant, prit une initiative des plus complaisantes.

Il rendait service depuis fort longtemps à l’un de ses vieux clients, un ancien entrepreneur qui, depuis sa retraite, avait conservé quelques paysans auxquels il continuait de rendre service en moissonnant leurs champs de céréales.

À la suite d’un coup de téléphone à cette tierce personne, un accord fut trouvé. Ce retraité, qui avait lui-même bénéficié de la générosité de mon patron, lui expliqua que, compte tenu de son âge, il lui fallait désormais arrêter de travailler. Le peu de clients qui restaient à satisfaire se débrouilleraient sans lui.

Moi, je n’avais fait qu’assister à la scène, me réjouissant une fois de plus de la complaisance habituelle de mon patron.

Comment ne pas être comblé par le déroulement de ce compromis ?

Pour concrétiser cet arrangement, les ouvriers de la concession sont allés chercher la machine afin de la réviser. Elle se trouvait dans un village situé à une cinquantaine de kilomètres de l’atelier, là où se trouvaient les champs qui auraient dû être moissonnés par l’ami de mon patron.

La révision terminée, lorsque les livreurs se sont présentés pour effectuer la livraison, mon voleur leur a demandé de bien vouloir conduire la moissonneuse directement sur le lieu du travail à effectuer.

Cette demande augmentait évidemment le temps de livraison, d’autant que les champs à moissonner se trouvaient dans la même commune, là où il avait récupéré la machine quelques jours auparavant.

En réalité, une trentaine de bornes seulement séparaient la résidence de notre malfaisant des futurs champs à travailler.

À ce moment-là, je ne me doutais encore de rien.

Cette manœuvre, je ne l’ai découverte que quelque temps plus tard, le jour où je me suis retrouvé dans une situation on ne peut plus catastrophique.

Les travaux terminés à la date prévue, le service comptable a présenté les traites à la banque.

Elles sont revenues impayées.

Malheureusement, ce genre de situation, bien que relativement rare, nous était déjà arrivé quelques fois. Nous pallions alors l’aléa en représentant l’ordre de paiement à la banque à une date ultérieure, choisie par le débiteur.

Mais notre homme ne semblait pas pressé de s’acquitter de sa dette. Trois fois de suite, l’escroc a négligé l’échéance de l’effet. Trois fois de suite, le paiement a été refusé.

Ma situation vis-à-vis de mon patron devenait particulièrement difficile. Par chance, ce monsieur eut un comportement de seigneur. Jamais il ne me reprocha l’indélicatesse du voleur.

Mais ce bandit, en plus d’être un escroc, se comportait comme un couard.

Un début d’après-midi, pensant le trouver à son domicile, je me suis présenté chez lui. À plusieurs reprises, lors de mes précédentes visites, son épouse m’avait répondu que son voyou de mari n’était pas là.

Ce jour-là, pourtant, je savais, malgré l’affirmation négative de cette dame, qu’il était bien dans la maison, dans une pièce d’où il ne pouvait manquer de m’entendre.

Alors, je me suis lâché. Toutes les injures les plus grossières sont sorties de ma bouche, et pas à demi-mot. Pour finir, pensant peut-être le faire sortir de sa planque, j’ai prononcé cette phrase :

« Comme je sais que tu m’entends, je vais y aller de ma façon de penser. Peu m’importe si ta femme m’entend. Tu es un être vil, un couard, une ordure. Tu n’as même pas de coui…. au c.. ! »

Je me suis soulagé.

Le pleutre, le veule… Ces deux adjectifs ne sont même pas encore assez forts pour exprimer mon dégoût.

Mais, pour en terminer avec l’escroc, son comportement de salaud ne s’est pas arrêté au vol.

J’ai appris par la suite qu’il était allé moissonner les clients de l’entrepreneur, ami de mon patron, celui qui nous avait gentiment rendu la machine au détriment de son propre manque à gagner.

Et, comme si cela ne suffisait pas, voici la cerise sur le gâteau :

La machine qu’il n’avait jamais payée, il l’a revendue sitôt la moisson terminée.

Malgré nos démarches, nous nous sommes retrouvés… Gros-Jean comme devant ! Le pluriel d’« escroqueries » n’est donc pas anodin.

Eh oui ! Il m’est arrivé de rencontrer un autre personnage du même acabit. Mais celui-là… C’est une autre histoire.

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