11 octobre 2026

CENTENAIRE IV

Pourquoi je n’aspire pas à vivre aussi longtemps ? Ces lignes vont nous ramener dans le monde d’Émile Zola.


Comme quoi, le monde n’a pas changé. Six générations se sont écoulées depuis les récits on ne peut plus réalistes d’un monde créé par ce romancier.

Que d’imagination ! Ce jour, je me retrouve spectateur d’événements qui me ramènent présentement à vivre des instants qui pourraient facilement s’intégrer dans la dynastie des Rougon-Macquart.

Il me reste, parmi les quatre centenaires contemporains qu’il m’a été donné de croiser depuis plus de 80 ans, l’un de ces personnages qui a été le héros de « Histoires de tapis », paru le 20 juin 2026. Ce personnage revient comme l’animateur de ces futures lignes.

Si je ne le saluais plus lors de mes passages dans la rue, pour la raison décrite dans mon récit susnommé, je ne lui rendais visite que quand j’étais certain de la présence des femmes dévouées à son service.

Passant régulièrement devant sa maison, je n’ai pas fait le rapprochement avec ce qui s’est passé à la fin du printemps. J’étais surpris de la non-ouverture des volets.

Pour satisfaire ma curiosité, j’ai questionné les voisins, qui m’ont renseigné : ce monsieur était, sur le conseil de ses enfants, entré dans une maison de retraite le temps de la canicule et devait revenir à la fin de cet épisode climatique hors norme.

La température étant revenue à la normale, je présumais son retour. Que nenni ! Les volets restaient clos. Mêmes démarches pour satisfaire, une deuxième fois, ma curiosité : j’ai questionné une voisine. La réponse m’apprit que notre homme resterait comme résident à temps complet dans l’établissement dédié aux anciens et aux anciennes, afin de leur offrir un séjour qui se devrait d’être des plus agréables.

Connaissant l’adresse de ce foyer, je me suis empressé d’aller saluer mon homme. Ma première impression fut optimiste : je retrouvais le personnage qui vivait dans sa maison. Une conversation agréable s’ensuivit. Avant de le quitter, je lui ai demandé son numéro de téléphone. Sa réponse m’a interloqué quand il m’a dit que ses enfants avaient jugé bon de ne pas l’abonner à ce moyen de communication. À la suite de mon étonnement, il a continué à me faire part de ses préoccupations en m’avisant de sa mise sous tutelle, vraisemblablement à la requête de ses mêmes descendants.

Interloqué, je le fus, car ma surprise ne s’est pas arrêtée à ces informations.
Il lui a fallu attendre cet âge canonique pour être tourmenté par l’attitude de ses héritiers, et de là commence le récit d’une histoire consternante que ses enfants lui infligent.

Au décès de son épouse, il avait été établi, pour régler la succession, des actes notariés qui devaient statuer sur la répartition du futur héritage à venir. C’était, il y a plus de vingt ans. Pour ne pas rentrer dans les détails, mais en deux mots, il m’a expliqué son désarroi. Étant propriétaire de deux biens immobiliers, dont un situé à Tours, dans le quartier des Prébendes, ainsi qu’une propriété héritée de ses parents en Bretagne, il souligne que le problème réside dans le fait qu’une disparité de valeurs a changé depuis l’établissement de ces documents. Les deux biens, compte tenu de l’inflation et de leurs situations géographiques, présentent aujourd’hui une estimation patrimoniale qui n’a plus rien à voir avec les prix du marché actuel.

Le souci de ce monsieur est le suivant : il ne pense pas à ses enfants, bien qu’ils soient les instigateurs de cette querelle. Je n’ai pas fait de commentaires, j’ai écouté son explication des soucis liés à cette situation. Ses enfants, qui sont à l’abri du besoin, ne sont pas sa préoccupation première. Il pense à ses petits-enfants qui, quand l’heure viendra d’être dans la situation d’hériter à leur tour, verront que certains, suivant le partage estimé au décès de leur grand-mère, ne correspondront en rien, en matière de valeur commerciale, aux prix des négociations au moment de la rédaction des actes notariés, il y a un quart de siècle, par rapport à ceux d’aujourd’hui.

Ce monsieur est triste. Si, à cent quatre ans, il faut subir des aléas de ce genre… Pourquoi ?

Une autre succession qui ne m’est pas étrangère, dans le même genre et pour cause, viendra compléter cette série.
Il en est qui, parmi vous, me connaissant, pourraient penser que je suis très mal placé pour donner des leçons aux autres. À ceux-là, je me réserve le droit de justifier mon attitude. Le moment n’est pas encore venu. Mais il viendra, soyez-en sûrs.

Une chanson de Charles Aznavour reflète ces moments.


1 Comment

  • Tu n’as pas choisi la chanson d’Aznavour de mon point de vue la plus réussie, mais certes la plus pertinente, compte tenu de son parcours amoureux assez pléthorique, si l’on considère ses 3 mariages et ses 5 enfants … Une succession je suppose assez confortable, mais qui n’a pas dû malgré tout faire que des heureux, au sein des descendants de tout ce joli monde !
    Puisqu’il faut partir un jour, autant le faire le plus tard possible, un peu en douce, sans pour autant susciter vers ceux qui restent des tonnes de regrets, ni pénibles chagrins … Tout en espérant qu’ils soient assez sages et généreux pour se contenter de cette dernière offrande, qui à terme d’une vie leur échoit !
    Ton Ami centenaire a bien tort de « se faire du mouron » en anticipant la cupidité de son arrière descendance … Le partage avait été accepté et fait selon les règles … Et peut-être en cherchant bien, trouveront-ils un Trésor cache dedans !! FR

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