J’ignorais quoi écrire ; le destin, pour ne pas dire le hasard, en a décidé autrement. Ce matin, je croise un de mes lecteurs en errant sur le marché. Comme de bien entendu, il avait lu dans l’article précédent que j’étais à court d’idées. À son air désolé, j’en ai déduit qu’il me fallait pallier son désarroi, raison pour laquelle je suis devant mon écran.
Mon dernier article relatait la disparition d’une dame de plus de cent ans. Cette histoire a dû éveiller je ne sais quoi dans ma cervelle. Cependant, elle m’a fait prendre la décision, sans arrière-pensée, de rendre visite aux deux centenaires avec lesquels j’ai gardé des relations.
Il en est un de ces deux amis qui est venu me tenir compagnie dans mes récits antérieurs, « Histoires de centenaires 2 », et, pour l’autre, « Histoire de tapis ».
Pour ce deuxième, un long passé de collaboration qui a duré une dizaine d’années nous avait réunis. C’était avant 1980, au temps de ma période « machines agricoles » ; beaucoup de temps a passé.
Comme avec nombre de ces anciennes relations, je suis resté en contact avec certains. Malheureusement, la faucheuse a eu raison des plus anciens et, aujourd’hui, le hasard a voulu que, suite à l’enterrement de l’ex-centenaire de Chemillé-sur-Dême, j’éprouve le désir de prendre contact avec mes deux centenaires.
Pour le premier, celui du tapis, ayant appris, à la suite d’une enquête, son exil dans un EHPAD du quartier, il m’a été très facile de lui rendre visite. Cette rencontre m’a laissé un goût d’amertume. Il est vraisemblable que, dans un futur proche, je narrerai le pourquoi de ce mal-être, mais, aujourd’hui, revenons à Régis, l’artisan spécialiste du matériel agricole qui me représentait auprès des paysans exerçant dans sa commune : Nouans-les-Fontaines.
Je profite de l’occasion pour vous inviter à ce retour dans le passé.

Découvrez la « Pietà » de Jean Fouquet, chef-d’œuvre du XVᵉ siècle sur le maître-autel de l’église du XIIᵉ siècle.
J’avais pour habitude, en ce temps-là, lors de mes visites dans les exploitations du secteur, de prendre mes repas comme invité autour de leurs tables.
Ce village est géographiquement situé dans le sud-est de l’Indre-et-Loire, à la limite du Berry. Certaines recettes culinaires sont particulières à ce terroir. Entre autres, on déguste les radis en les accompagnant, pour remplacer le beurre, de rillettes et de noix.
Si aujourd’hui, s’il est le héros de mon histoire, c’est parce que le hasard, encore une fois, est venu s’interposer dans un événement abracadabrantesque.
Comme je l’ai annoncé plus haut, j’ai gardé le contact avec cet ami en lui téléphonant de temps en temps. Il a fallu que ce jour, qui aurait dû être banal, ne le fût pas. Cette fois, c’est une voix féminine qui m’a répondu en se présentant comme Chantal, une fille de Régis.
Il y a très longtemps, j’avais eu affaire à cette femme. Elle était encore une jeune fille. Je lui ai loué un appartement dans des conditions rocambolesques. Je n’en suis pas certain, mais il me semble avoir narré cette histoire.
Aujourd’hui, le sujet de mon évocation n’a pas pour but de relater mes rapports antérieurs avec ma correspondante téléphonique du moment. À la suite d’un bref échange relatant nos souvenirs, elle m’informe de la raison de sa présence dans l’entourage de son papa. Celui-ci était à l’agonie ; elle et sa sœur étaient là pour accompagner leur père vers son dernier voyage.
Il était à la veille de fêter ses 102 ans !
Pour en finir, le lendemain matin, dans mes messages, j’avais un mot qui m’annonçait le décès de Régis ! Encore une fois, quelle coïncidence.
Je l’entends dire :
— Papa, c’est Yves Duhard.