
Merci François de m’avoir « provoqué » avec cet écrivain…
Sache, mon ami, que ce Monsieur est mon Maître depuis bien longtemps. Un recueil de ses fables a pris place dans un vide-poches de ma voiture. Cette œuvre n’est pas arrivée par hasard en ma compagnie. C’était au temps où je parcourais les routes de notre campagne, ma période « machine agricole ».
Un après-midi, entre deux visites, sans raison bien précise, j’ai franchi le seuil d’une librairie à Amboise. J’en suis ressorti avec ce recueil à la main, qui a pris place dans ma voiture… Depuis, il ne m’a plus quitté. Aujourd’hui encore, il m’arrive de me promener dans ce monde imaginaire.
Je ne peux que remercier un autre François. Celui-là, c’était ton beau-père : Monsieur Hémery, notre instituteur. Il a régné toute sa carrière dans mon village. Ce monsieur a fait de nous, ses élèves, ce que nous sommes. Il s’est comporté en républicain. À la fermeture de l’école privée catholique : pas de discrimination, il nous a accueillis à bras ouverts. J’en suis un témoin, pour l’instant vivant, faisant partie des déplacés. Pourtant, il a dû incorporer une quinzaine de nouveaux écoliers. Je crois me rappeler que nous étions quarante-trois, de sept à quatorze ans, dans sa classe en 1951.
Il devait lui être intimé un cours de poésie : nous faire apprendre des récitations faisait partie de notre emploi du temps. Il est vraisemblable que j’ai dû apprendre d’autres textes que ceux écrits par Jean de La Fontaine.
Il est triste, mais je suis incapable de me souvenir de ces autres récitations, et encore moins de leurs auteurs.
À suivre, un petit florilège de mes souvenirs. Cette énumération n’est pas exhaustive.
LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR.

« Un tiens vaut, se dit-on, mieux que deux, tu l’auras ;
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas ».
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LA CIGALE ET LA FOURMI

« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant,
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Dansez maintenant ».
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LE CORBEAU ET LE RENARD

« Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus ».
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LE LIÈVRE ET LA TORTUE

« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point ».
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LE HÉRON

« À force de toujours vouloir plus, le risque est de ne rien avoir du tout ».
LE LABOUREUR ET SES ENFANTS
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« Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins ».
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LE LOUP ET LE CHIEN

« Un loup n’avait que les os et la peau ;
Où vous voulez ? Pas toujours, mais qu’importe ?
Il importe si bien que, de tous vos repas,
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même, à ce prix, un trésor.
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encore ».
LE LOUP ET L’AGNEAU

« La raison du plus fort est toujours la meilleure ».
LA MORT ET LE MOURANT
Celle-là ne me concernait pas jusqu’au jour où il a bien fallu que je me rende à une certaine évidence.

« Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir.
Vois-les marcher, vois-les courir.
À des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles ».
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RIEN DE TROP

« À se porter dans l’excès.
Il faudrait faire le procès
Aux petits comme aux grands.
Il n’est âme vivante
Qui ne pèche en ceci.
Rien de trop est un point
Dont on parle sans cesse, et qu’on n’observe point ».
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LA GRENOUILLE QUI VEUT SE FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BŒUF
Pour celle-ci, rendez-vous dans les commentaires de la semaine dernière.

Pour ne pas abuser, je cesse là mon énumération. Mais, il me fallait bien profiter de cette occasion pour faire connaître l’un de mes dadas.
Ces blablas, au départ, étaient destinés à mes petites-filles, dans le cas où, comme moi, elles seraient curieuses du passé de leurs aïeux.
Il est un autre moment vécu avec le Fablier. Quand j’ai appris, il y a quelques années, la venue sur les planches de Fabrice Luchini en tant que conteur du poète, je me suis rendu à la Fnac, supposant la parution d’un enregistrement de ce spectacle, avec l’intention de me faire un cadeau.
Il m’a fallu attendre un bon bout de temps avant que ces commerçants me téléphonent pour m’annoncer la parution d’un CD. C’était en 2007.
Je me suis empressé d’acquérir l’objet de mes désirs, qui est venu tenir compagnie, dans mon véhicule, au recueil.
J’ai profité de cette présence dans mon moyen de locomotion pour partager, avec qui voulait bien l’entendre, la péroraison de l’enregistrement.
Jusqu’au jour où je me suis rendu à l’évidence : mon CD avait disparu de l’habitacle. J’ai pensé à un vol… et j’étais bien obligé de me faire une raison.
Mais un événement est venu contrecarrer cette idée. Ce qui va suivre en est la preuve : il n’en était rien.
Il m’a fallu attendre quelques années pour abandonner ce fourvoiement. Lors d’un covoiturage avec deux petits-neveux, Thibault et Gauthier — il y a fort à parier que cet épisode trouvera sa place dans mes histoires —, afin de meubler le temps, j’ai jacté, comme à mon habitude.
Et, allez savoir pourquoi, mon admiration pour LA FONTAINE a été évoquée.
Sans la phrase qui suit, mon énigme serait restée irrésolue :
• « Tu sais, tonton, j’ai toujours dans ma voiture le CD que tu m’as offert il y a quelques années. »


génial !!!
merci … je voulais compléter mais j ai du mal!!
bonne semaine
Ne perdons pas de vue que ces belles fables n’ont pas été ciselées, telles romances des rues, pour uniquement faire chanter la rime. Sous jacente leurs chroniques nous présentent toujours avec dérision les pérégrinations de ce folklorique bestiaire, à l’image des travers de notre société humaine …
Sous chacune d’elle couve une parabolique maxime, certes bien connue des sages, mais sous un travers souvent sardonique, afin d’en bien marquer l’usage, à dessein d’interpeller la susceptibilité des frustes béotiens, totalement dépourvus d’éthique, ni coutumiers des respectables mœurs.
Ainsi, coq, paon, corbeau, écureuil, fourmi, grenouille …. continuez longtemps de venir vous abreuver à La Fontaine et tendez bien vers elle votre bonne oreille, afin d’en assimiler les judicieux propos, que discrètement elle vous gazouille !! FR