Merci François de me tacler, comme tu aimes à le faire. Si j’ai un regret, c’est que tu sois le seul de mes lecteurs à jouer avec discernement, plus ou moins malicieusement. Je ne ressens rien d’acrimonieux dans ton comportement. Ceci dit, il me faut justifier de la nomination « LES QUIPROQUOS ».
À mon tour de venir te titiller en tant que lecteur exigeant, sans porter de jugement sur ta critique. Je me réjouis de ta mauvaise interprétation du mot malaise, non pas de sa formulation, mais de son affectation.
Tu as présumé que je voulais me repentir de ce comportement de jeune con. Pas du tout. Mon malaise du moment n’avait rien à voir avec mon passé. Il provenait uniquement du quart d’heure à venir, en imaginant que mon souffre-douleur allait me dominer avec, dans les mains, des outils pouvant servir d’armes.
Cette précision se devait d’être faite, pour la bonne raison que je présume qu’il en est parmi mes lecteurs du dimanche matin qui ont dû se fourvoyer, comme ce fidèle pamphlétaire que j’ai à la bonne.
Ce qui me fait dire à propos de cet intervenant talentueux :
– Rien que pour lui et sa verve, j’écrirais.
Pourquoi le titre « LES QUIPROQUOS » ? Tout simplement à cause de l’histoire qui suit.
Il y a une vingtaine d’années, le comptable de l’agence me demanda de lui concevoir une table ayant pour particularité de pouvoir se transformer mécaniquement afin de servir aussi bien aux échecs qu’aux dames. En échange, il se devait de rédiger ma déclaration ad vitam aeternam.




Il m’a fallu concevoir un système pour satisfaire au désir de ce couple, qui a montré une satisfaction à la livraison en lui donnant une place de choix dans leur salon. Mon orgueil était de mise lors de mes visites jusqu’au jour où il m’a appelé en m’invitant à venir voir le résultat de travaux exécutés dans son particulier.
Comme de bien entendu, en passant, j’ai passé ma main en signe de caresse sur mon œuvre. Quelle ne fut pas ma surprise quand il m’a dit : • Nous allons, vu nos travaux, la descendre au sous-sol. Un petit moment de stupéfaction à ce propos, en pensant au travail réalisé.
Mon ressenti de personnage frustré n’a pas duré longtemps. En descendant l’escalier vers ce prétendu sous-sol, je découvris qu’il ne s’agissait nullement d’une cave ordinaire.
La maison était construite de telle façon que nous pouvions accéder du côté rue en montant quelques marches. La topographie permettait aussi une deuxième entrée donnant de plain-pied sur un jardin, ce qui a permis de faire de ce qui était une dépendance un espace de vie.
Et pas n’importe quel aménagement : une salle de jeux qui, par une mystification de miroirs, donne une impression de gigantisme. J’ai réalisé, à cette constatation, que le futur emplacement de la table officiant en tant qu’échiquier et damier ne pouvait pas trouver ce meilleur écrin.

Je ne pus m’empêcher de raconter à mon hôte le trouble qui m’avait traversé lorsqu’il avait annoncé vouloir « descendre l’objet au sous-sol », expression qui, dans l’esprit de beaucoup de quidams de mon espèce, évoque bien souvent le débarras.
À cette annonce, mon vis-à-vis, homme des plus chaleureux, s’est confondu en excuses.

Il en a profité pour me suggérer d’agrémenter ce nouveau décor en le meublant de deux petites tables sur mesure pour leurs encas. Et comme de bien entendu, je me suis empressé de satisfaire à leurs désirs ; en toute modestie !
Padam ! Padam !! Toujours dévoué et à vos ordres, Fidèle Serviteur avouons le tout de même, un peu tordu de corps et d’esprit par les ans, a encore une remarque saugrenue, si non pertinente à formuler concernant ce splendide objet de marqueterie présenté et de toute évidence réalisé de main de Maître !!
Si nous excluons le côté esthétique, afin de nous cantonner dans le fonctionnel, pourquoi cette présentation du plateau damier orientée de 45 degrés par rapport à celui de la table. Je n’imagine pas que ce soit l’astucieux système d’extraction qui le nécessite, ni la place disponible pour l’indispensable « Chess clock » !! Ainsi face au plateau de jeu, que fait-on de ses gambettes. Pour les Mecs culottés, pas de problème, une de part et d’autre du pied de table, avec interdiction de nonchalamment les croiser, mais pour ces Dames enjuponnées, à moins d’un retroussis jusqu’à l’âme, pas d’honnête solution en vue !!
On nomme maintenant cette aberration incongru de Discrimination Genrée, et dans le milieu très susceptible des Maîtres d’Echecs, ça peut te coûter la peau des fesses camarade !! FR
IncongruE !! j’ai remplacé « illogisme » écrit initialement, par « aberration » me paraissant ici mieux approprié… et le reste n’a pas suivi … j’espère que Dames, Reines et Cavaliers m’en excuseront . FR