2 juillet 2022

HISTOIRE D’EAU

Et ses biens faits

L’EAU et LES CHIENS

Pourquoi l’eau ? J’entretiens un rapport particulier avec cet élément nécessaire à la vie depuis toujours. Il faut dire que tout s’est prêté à cette fixation, nous avons été élevé au bord d’un bief, ce ruisseau creusé de la main de l’homme pour alimenter un moulin.

Ce coursier délimitait la partie sud du jardin.

Fi de cela ! Une simple précision pour mon addiction.

Bien que notre maison, acquise en 1979, soit située dans le centre de la ville de Tours, nous avons la chance qu’un petit jardin d’à peine 100 mètres carrés, fasse partie de cet ensemble immobilier.

À notre prise des lieux après l’achat, une des premières initiatives fut de déboiser. Il y avait entre autres un sapin de 12 mètres de hauteur, un palmier presque aussi haut, des arbustes qui occupaient ce petit espace de verdure.

Après avoir joué de la tronçonneuse et dégagé ce jardinet, il ne restait plus qu’à engazonner autour du tilleul trônant au centre de ce futur carré de verdure, cet arbre étant le seul rescapé de ce défrichage.

Il ne restait plus après l’avoir semé, qu’à attendre la levée du gazon, événement qui se produisit normalement. Dans ces petits coins de verdure, pour avoir un beau tapis vert, il faut arroser d’autant plus que l’arbre survivant, le tilleul, prélève sa ration d’eau au détriment des autres végétaux.

Cet arbre règnera plus de quarante ans en plein milieu du gazon, son abattage mérite une narration qui ne manquera de pas paraître prochainement dans mes histoires.

Pour pallier à ma frustration d’herbe verte, j’arrosais, mais il m’en coûtait de consommer l’eau du robinet, celle qui nous est facturée par la ville. Pour m’éviter la souffrance d’avoir à régler cette note, Il m’est venu l’idée impérieuse de creuser un puits dans notre lopin de terre de 80 mètres carrés.

C’était l’époque où nous avions un chien nommé Sammi (une autre histoire). Pour le bien-être de ce canidé, il m’arrivait fréquemment de le promener au jardin des prébendes, celui-ci étant très proche de notre logis. Comme chacun sait, il n’y a pas plus facile que d’entrer en rapport avec les autres propriétaires de ces bêtes à quatre pattes, le sujet des dialogues étant tout trouvé : notre animal.

Ce compagnon, celui que l’on nomme meilleur ami de l’homme, m’a permis de bavarder avec beaucoup de voisins entre autres un homme d’un certain âge, qui lui aussi parcourait le parc avec au bout de sa laisse un caniche nain noir. Notre petite bête bien qu’un peu plus grande était de la même race mais de couleur miel.

Il ne me fallut pas longtemps pour connaître grâce à ma curiosité que cet octogénaire habitait le quartier depuis des décennies. Je ne suis pas que curieux, je suis aussi très bavard. Un jour où je faisais connaître à ce compagnon de promenade (le maître du canidé), mon intention de forer un trou dans le sol, pensant trouver l’eau, vu la situation de nos maisons, voisines des prébendes.

J’évoque cette dénomination, car tous les Tourangeaux savent que dans le sous-sol de cette contrée, un ruisseau souterrain appelé le « ruisseau de l’archevêché » coule sous nos pieds.

La chance a voulu que ce vieil homme connaissant de par son ancienneté les us et coutumes de ce secteur de la ville. Il me conforta, et même plus, il m’encouragea en me révélant la topographie de notre sol environnant, m’expliquant que dans notre îlot de maisons aujourd’hui construit de toute part, ce qui n’était pas le cas précédemment.

Il y avait de nombreux commerçants entre autres un boucher, propriétaire d’une petite prairie (le mot peut paraître fort mais c’est celui usité par mon informateur) avec une mare qui ne tarissait jamais, où s’abreuvaient aussi les bestiaux en attendant leur destin fatal.

Ces propos ne purent que me renforcer dans ma résolution de creuser un trou dans notre jardin pour, j’en étais persuadé, je trouverai ce fameux ruisseau souterrain. Pour réaliser cette œuvre, je ne savais pas comment j’opérerai, il me fallait y penser. La question ne tarda pas à se résoudre, notre homme étant lui-même un personnage de mon acabit, m’expliqua que lui dans sa jeunesse avait résolu un problème comme le mien et qu’il mettait à ma disposition un outil « une tarière » qu’il avait conçu du temps où il était serrurier, quel bonheur j’allais pouvoir me lancer comme puisatier.

Avant de me lancer dans les grands travaux de forages et me rappelant que le papa de maman, grand-père Raoul avait un don de sourcier. Il avait durant sa vie permis à beaucoup de ses contemporains de les rendre autonomes en leur indiquant l’endroit où il devait creuser pour trouver l’eau.

Ce souvenir me donna une idée saugrenue, pourquoi ne pas essayer à notre tour de jouer les sourciers en essayant de localiser un coin précis où creuser ? Je dis nous en pensant mettre à contribution toute la famille y compris le voisin Monsieur Villepreux.

Pour ce faire, j’ai opté pour la méthode « fourchine » de coudrier, autre nom du noisetier. Premièrement, il nous fallut aller dans un bosquet cueillir ce rameau. Nanti de cette branche à deux bras, les uns après les autres, nous avons arpenté notre petit jardin dans tous les sens. Il a bien fallu nous rendre à l’évidence, nous n’avions pas le don de magnétiseur ou il n’y avait pas d’eau sous nos pieds.

Mon entêtement me fit passer outre ce résultat négatif en prenant la décision de creuser quand même dans un endroit choisi au hasard.

Pour actionner cet outil de forage, il fallait être deux, ce pour quoi j’ai invité Arnault à venir me donner son concours pour pouvoir réaliser ce trou qui devait nous amener à trouver l’eau.

Nous nous sommes mis à l’ouvrage un dimanche vers 14 heures, un travail de mercenaires au bout de 4 heures de ce dur labeur, nous avions atteint la profondeur de 1 mètre 70. Contant de ce résultat et bien fatigué, nous avons arrêté nos travaux pour cette journée, prévoyant de continuer cette œuvre le lendemain soir après la sortie des cours de mon aide.

Je ne serais pas qui je suis sans cette impatience qui fait que je veux toujours avoir fini avant d’avoir commencé. Cette fois-ci encore, le lendemain, Arnault devant sortir à 16heures de ses cours, je l’attendais pour reprendre nos travaux de terrassiers.

Pour avancer notre reprise, je prends comme initiative avant d’ajuster la tarière, de verser un peu d’eau dans le trou pour rendre l’argile plus adhérente à ce genre de cuillère. En remettant cet outil, sa chute occasionna un son qui dépassa les frontières de notre jardin et alla percuter les tympans de notre voisin, le propriétaire de l’outil foreur. Ce bruit lui étant bien connu, il ne lui en a pas fallu plus pour qu’il s’invite à me retrouver en passant par le soupirail, chemin emprunté par les habitués, ses amis qui aiment à me rendre visite ne serait-ce que pour déguster un verre de vin, arrivé jetant un coup d’œil dans le trou et apercevant l’eau il me dit :

– Vous êtes dans l’eau ?

– Vous avez raison, mais c’est moi qui viens de la verser, lui dis-je en réponse à cette constatation.

– Non ! Non ! Cette eau vient d’ailleurs.

L’homme avait raison, nous étions dans une nappe phréatique de peu de profondeur. C’est vrai, mais la nappe phréatique quand même, la couche d’argile transpercée, nous étions dans du gravier. Il ne me restait plus qu’à faire venir les égoutiers avec du matériel approprié afin qu’il aspire le plus possible de cailloux dans le but de créer une poche pouvant contenir un certain volume d’eau en réserve. Cet élément qui me permet encore aujourd’hui d’arroser ce petit carré de verdure.

Ce jour fut pour moi, un des plus beaux, le Roy n’était pas mon cousin : j’avais trouvé! de l’eau, je me suis empressé d’arroser cet événement, mais avec du champagne.

Bien m’en avait pris aujourd’hui, nous avons la chance de vivre dans un écrin de verdure.

3 Comments

  • Si Yves n’a pas trouvé de pétrole dans les fonds de son lopin de terre, il a trouvé de l’eau. et au train ou vont les choses, celle-ci sera bientôt aussi précieuse, sinon plus, qu’un baril de pétrole. De toute façon, tout se dérègle, un litre de gas-oil coûte aussi cher qu’un litre … de rosé !

  • Comme quoi les chiens sont d’une grande importance dans la rencontre des humains !
    Pittoresque intervention… C’est bien du Yves Duhard !

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